Sept mois après le rendu des études stratégiques, six mois après les fermes prises de position
présidentielles, où en sommes-nous ? Nulle part. La confusion est totale. Pourquoi ? Nous allons
essayer de suivre les méandres de cette histoire.
La sourceQuand Nicolas Sarkozy demande à dix équipes pluridisciplinaires, organisées autour d'urbanistes et d'architectes, de proposer une stratégie de développement du Grand Paris pour intégrer la nouvelle donne (post-Kyoto) : limiter l'émission de gaz à effet de serre et réorienter le schéma directeur de la région Ile-de-France, le président surprend et, en période de crise, il suscite un grand espoir.
1er méandreInitialement, le projet pour le Grand Paris est apparu d'abord comme un projet de redéfinition de la gouvernance lié à la réforme des collectivités territoriales, objet du rapport Balladur : quelles représentations démocratiques (électives) sur quels territoires ? Quelles répartitions des pouvoirs entre l'Etat, la région et les collectivités locales. Pour les Français, le projet du Grand Paris est un projet de découpage électoral. Rapidement, Nicolas Sarkozy a tranché : le projet urbain d'abord, le projet de gouvernance suivra. Mais pour les Français l'information devient : le projet pour le Grand Paris est remis aux calendes grecques.
2e méandre, premier rocherLe 6 mars, les équipes pluridisciplinaires remettent leurs conclusions et Christian Blanc, secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale, les invite à dîner pour les informer... de son projet pour le Grand Paris. En fait, un projet de transport urbain en périphérie de la métropole. Les jours suivants, il en informe abondamment la presse et le projet du Grand Paris devient un grand huit souterrain de métros automatiques, établi avant même la prise de connaissance des dix propositions ayant occupé des centaines de spécialistes de tout poil pendant le temps d'une bonne gestation : neuf mois. Et, pour les Français, le projet du Grand Paris devient un projet de métro enterré, mais promis à un bel avenir.
3e méandre, en eau calmeQuand, après le rendu des propositions, le président de la République reçoit les représentants de ces équipes, il dit sa satisfaction et son impatience de voir se concrétiser les idées urbaines avancées, il réaffirme aussi sa volonté d'une action structurante à l'échelle du Grand Paris et, pour la mettre en réaffirme aussi sa volonté d'une action structurante à l'échelle du Grand Paris et, pour la mettre en oeuvre, témoigne sa confiance à Christian Blanc.
4e méandre, courbe en accélérationLe 29 avril, le président de la République prononce le discours à l'ouverture de l'exposition de la Cité de l'architecture. Il cite de nombreuses idées empruntées aux dix études présentées, les fait siennes et confirme sa confiance en Christian Blanc. Il lui demande d'intégrer dans son projet de loi sur les transports du Grand Paris les conclusions de certaines études issues des projets des urbanistes architectes... Nous sommes à la veille de grandes décisions urbaines, même les plus sceptiques se prennent à espérer.
5e méandre, embouteillagePuis ouverture de l'exposition sur le Grand Paris. Succès populaire. Mais on comprend vite qu'il est impossible d'exposer et d'expliquer dix fois un sujet aussi complexe, chaque étude étant présentée dans un espace exigu de 20 m². La presse montre des images éparses de propositions contradictoires et résume chaque étude sur la transformation d'une métropole de 14 millions d'habitants en environ dix à quinze lignes. Les Français sont curieux, intéressés et essayent de comprendre... mais c'est impossible. Bref, une telle somme de travail est trop difficilement communicable. La plupart des journalistes eux-mêmes ne prennent pas le temps de comprendre... seuls certains élus parisiens et franciliens ont souhaité des présentations projet par projet.
Et, stupéfaction, je n'ai jamais entendu le secrétaire d'Etat chargé du développement de la région capitale commenter une seule proposition, ni même seulement demander à une des dix équipes d'expliquer ses projets... En revanche, il dit aux équipes qu'elles auront toutes du travail et évoque avec certaines de futures responsabilités sur de larges territoires, et se fait ainsi quelques alliés...
6e méandre, remousLes responsables des équipes pluridisciplinaires suggèrent à Christian Blanc de regarder dare-dare leurs études pour (on ne sait jamais) intégrer quelques pensées pertinentes. Des conseillers élyséens, des élus parisiens et franciliens font de même. Le secrétaire d'Etat fait la sourde oreille au nom d'une urgence qui devient vite raison d'Etat. Tout le monde a compris que Nicolas Sarkozy souhaite aller le plus vite possible. Mais dans cette expression, il y a possible, pas uniquement le plus vite ! Toutes les équipes n'ont pas mis l'accent sur une proposition de transports métropolitains, mais toutes ont relevé l'importance de la corrélation entre stratégie d'évolution et carte des transports.
Certaines équipes ont approfondi un schéma de transports élaboré et argumenté de nature à
questionner les élus et les conseillers au plus haut niveau de l'Etat. Ces derniers, pour l'essentiel,
voulaient intégrer dans la proposition du secrétaire d'Etat de nombreux paramètres issus de ces
équipes. Ce qui a amené, à l'initiative de Claude Guéant, un schéma modificateur et complémentaire du grand huit de Christian Blanc, avec, en outre, la recommandation expresse d'avoir un métro aérien dès que la situation le permet. Cela n'empêche pas le secrétaire d'Etat de continuer à diffuser toujours son même schéma. Les Français ne perçoivent pas d'évolution dans le grand huit.
7e méandre, en eau troubleEn outre, parmi les multiples propositions indiquées dans le discours présidentiel qui énumère des propositions issues des dix études, l'une d'elles éclipse les autres : la liaison Paris-Le Havre. Même si l'analyse du texte montre que l'on parle surtout du Havre port de Paris et d'une liaison rapide par TGV Le Havre-Paris, ce que la presse retient c'est l'axe de développement urbain et territorial Paris- Le Havre. Le Havre est cher à mon coeur et occupe mon esprit par d'importants projets, renforcer la notion de port avancé de Paris est pertinente, la liaison rapide souhaitable, mais urbaniser la vallée de la Seine entre les deux villes est à la fois une idée comique - Ferdinand Lop parlait de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer - et une idée tragique : pour limiter l'émission des gaz à effet de serre, la métropole ne doit plus s'étendre, les transports doivent se concentrer, la densité doit être renforcée sur les gares d'interconnexions. Seules de nouvelles unités de productions industrielles ont une raison stratégique d'être le long des voies fluviales. Un projet post-Kyoto ne peut être qu'une stratégie de modification de territoires déjà urbanisés. Etendre la ville est aujourd'hui criminel pour notre descendance. Pourtant, les Français ont compris que le projet du Grand Paris était d'étendre Paris jusqu'au Havre !
8e méandre, rapides avant les chutesPuis nous avons appris qu'une loi dite du Grand Paris était en préparation pour permettre la
réalisation du grand huit des métros souterrains. Une loi étrangère aux propositions urbaines liées à la consultation du Grand Paris. (L'architecte) Christian de Portzamparc demande alors avec pertinence que l'intitulé de la loi stipule qu'elle porte sur les transports du Grand Paris...
Les Français n'ont aucun moyen de savoir que le Grand Paris de Christian Blanc, et son projet de loi, n'a rien à voir avec le Grand Paris exposé à la Cité de l'architecture par les dix équipes
internationales pluridisciplinaires.
Un premier projet de loi a circulé cet été sur l'urbanisation du Grand Paris. Ses nouvelles
constructions sont implantées dans des cercles de trois kilomètres de diamètre, quarante gares sont le centre de quarante cercles. Quatre fois la surface de Paris aujourd'hui ! Ceux qui l'ont lu ont été effarés par un tel manque de discernement qu'ils soient élus ou professionnels de l'aménagement urbain. Une société du Grand Paris finance le grand huit, notamment en préemptant le foncier à l'intérieur des cercles. Le projet de loi amendé (les cercles ont disparu, les zones concernées sont flexibles, les collectivités locales sont représentées minoritairement au conseil d'administration) a été accepté en conseil des ministres et sera présenté à l'Assemblée nationale à la fin de l'automne.
C'est un projet de loi conflictuel qui ne donne aucune garantie d'utilité publique s'il n'est pas relié à une stratégie urbaine précisée et située. Oui, l'Etat a pour rôle d'initier, de proposer un mode de financement, et quand c'est nécessaire de décider de l'intérêt général face à des intérêts locaux. Cette loi est indispensable, mais elle ne peut être ni une carte blanche sur le mode d'urbanisation ni une incitation à l'extension urbaine. Le Grand Paris n'est pas un champ de bataille. Il ne pourra s'épanouir que dans la compréhension et la hiérarchisation d'objectifs sociaux, humanistes et optimistes. Le consensus sur ces objectifs est le principal paramètre nécessaire pour en accélérer la optimistes. Le consensus sur ces objectifs est le principal paramètre nécessaire pour en accélérer la réalisation.
Nous en sommes là... Avec en plus la perspective des élections régionales pour crisper un peu plus les choses... Mais ne vous méprenez pas, je ne suis pas un démolisseur, mais un constructeur
persévérant : j'oeuvre pour que le projet du Grand Paris, le vrai, le structurant, l'ambitieux, le
durable, l'humaniste, pour lequel Nicolas Sarkozy a invité tant d'experts à réfléchir et à proposer, voit le jour et se mette en place au plus vite. La matière permettant les choix stratégiques est là. Elle n'est pas extraite. Et, Christian Blanc souhaitait-il vraiment l'extraire quand il a proposé de repartir de zéro et de faire un projet commun à dix équipes avant toutes discussions sur le contenu ! Piège grossier désamorcé in extremis.
Il faut créer d'urgence un atelier du Grand Paris où l'Etat, la région, la Ville de Paris et les collectivités locales désigneront des représentants qui, informés par les équipes auteurs des propositions et par les ateliers d'urbanisme de la ville de Paris et de la région, identifieront les propositions à retenir en vérifiant leur comptabilité et leur faisabilité. Car, vous l'avez compris, logiquement, les propositions formulées et étudiées séparément sont contradictoires et tout aussi
logiquement, en démocratie, les experts proposent et les politiques disposent.
Ce n'est évidemment pas par hasard si Christian Blanc a proposé que l'Atelier du Grand Paris soit une association réduite aux seules équipes pour qu'elles travaillent ensemble... J'avais trouvé le nom : l'Atelier de Sisyphe. Le Grand Paris pourrait commencer demain matin dans des centaines de communes simultanément, puisque c'est, avant tout, la modification d'une situation existante où il faut :
- planter des arbres pour créer de la biomasse,
- isoler et requalifier les bâtiments énergivores en agrandissant les logements et en améliorant leurs équipements et leur esthétique,
- aménager les lisières, limites de la ville et de la nature,
- accélérer la modification urbaine,
- favoriser la mixité et les reconversions ainsi que l'implantation des commerces de proximité,
- reconquérir les délaissés urbains et arrêter de démolir dans les quartiers sensibles, les ouvrir et surtout les équiper...
Et, surtout, surtout arrêter d'étendre la ville par simples juxtapositions périphériques. Les élus de Paris Métropole proposent de travailler dès aujourd'hui avec l'Atelier du Grand Paris ; ces
mesures et d'autres pourraient donc être intégrées rapidement dans des centaines de communes. Le plus difficile sera de décider où construire les 70 000 logements annuels pour créer des centralités autour du Paris historique à l'échelle de la métropole. Il est facilement compréhensible qu'entre une stratégie comme celle du groupe Descartes (Yves Lion, François Leclerc...) avec 20 centralités de 500 000 habitants, ou une autre comme celle de Richard Rogers qui propose un polycentrisme compact, ou celle de Cantal-Duthilleul-Nouvel qui propose seulement cinq centralités... Le tracé du système de transports et l'implantation des gares risquent d'être légèrement différents ! Il faut choisir, trancher.
Après ce choix, un secrétaire d'Etat, ami des ingénieurs, urbanistes, architectes, artistes, intellectuels... à l'écoute de tous, humaniste curieux et ambitieux pour l'ensemble des habitants du Grand Paris, pourrait vite proposer un tracé de transports précis et pertinent sur des bases déjà consensuelles et il serait alors immédiatement possible de formaliser les nouveaux documents d'urbanisme à l'échelle de la métropole.
Les représentants des dix équipes pluridisciplinaires ont signé, le 28 juillet, une lettre adressée au président de la République pour demander la création de l'Atelier du Grand Paris, conforme à cette stratégie afin de réaliser son ambition qui est logiquement partagée par ceux qui veulent que le début du XXIe siècle soit plus juste et plus généreux.
Le Parti socialiste est le seul à s'être mis d'accord avec ses 26 autres partis frères pour mettre en oeuvre un programme commun. A Barcelone puis à Toulouse, ces propositions ont été renforcées. C'est ainsi que les socialistes européens ont mis en avant les sept principales mesures qui marqueront les 100 premiers jours de la prochaine majorité de gauche au Parlement européen que vous allez porté le 7 juin prochain.
"Nous demandons qu'au cours des cent premiers jours suivant les élections européennes, les sept mesures suivantes soient lancées afin de lutter contre la récession et le chômage de masse et afin de préserver la sécurité sociale:1. Un nouveau plan de relance renforcé pour l'Europe, avec des investisse
ments coordonnés dans l'emploi et une croissance verte. Le PSE a déjà proposé son propre plan de relance européen, qui pourrait nous éviter un chômage de masse et donner à l'Europe un nouveau sens.
2. Un pacte européen pour l'emploi afin de préserver les postes de travail, créer des emplois nouveaux et meilleurs, lutter contre le chômage de masse et renforcer les droits des travailleurs, les conditions de travail et l'égalité de salaires. L'Europe n'est pas une société de marché, mais bien une économie sociale de marché. Les droits sociaux fondamentaux doivent être garantis. Ces droits, notamment le droit à une libre négociation collective et les droits syndicaux, doivent primer sur le marché unique et les libertés économiques. La liberté de mouvement des travailleurs, y compris leur détachement, doit se fonder sur le principe suivant: à travail égal, salaire et de conditions de travail égaux dans une même entreprise.
4. Un pacte pour le progrès social afin de faire face pleinement aux conséquences sociales de la crise, d'empêcher une augmentation de la pauvreté, de l'inégalité et de l'exclusion.
5. Une réglementation et une supervision effective et efficace des marchés financiers couvrant tous les acteurs et les instruments financiers, y compris les fonds spéculatifs et de capital d'investissement. Le PSE a formulé des propositions claires sur ce qu'il convient de faire afin d'éviter de nouvelles bulles financières aux effets dévastateurs à l'avenir.
6. Une nouvelle solidarité mutuelle entre tous les Etats membres, à l'est et à l'ouest, au nord et au sud, garantissant une feuille de route commune pour sortir de la crise.
7. Une feuille de route commune doit être mise au point au plus vite afin d'aboutir à un nouvel accord mondial au sein du G20 avant la fin 2009. Il s'agit de lancer une action coordonnée pour créer de nouveaux emplois dans le monde, de réguler au niveau mondial les marchés financiers, d'arriver à un accord mondial sur le climat et sur l'aide à octroyer aux pays en développement".